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témoignages

Alicia nous raconte

Alicia, 24 ans – Montpellier.

Je suis en couple avec Anaïs depuis trois ans, nous allons nous marier en mai 2021. Nous avons un petit garçon de 8 mois nommé Tiago que nous avons eu par PMA en Espagne. J’ai toujours été attirée par les filles, mais ayant grandi dans une famille, peu ouverte d’esprit, j’ai toujours caché mon homosexualité à mes parents. Adolescente, ma mère pensait que mon meilleur ami était mon petit copain et je la confortais dans ce sens pour ne pas entrer en conflit avec elle.

Un jour, en sortant du lycée, ma mère est passée me récupérer en voiture. À la radio, on entend un spot publicitaire pour l’association Le Refuge. La mission de cette association est d’accompagner psychologiquement et socialement des jeunes rejetés par leurs parents car ils sont homosexuels. Ma mère rétorque immédiatement : “Je ne comprends pas qu’on puisse accepter d’avoir un fils pédé !! À un moment donné il faut le faire soigner l’gamin !!“. Cette phrase-là, m’a hantée pendant toute ma construction de vie de jeune femme.

À 17 ans, vient l’âge des premiers amours. Je tombe raide dingue d’une fille au lycée avec qui je sors pendant un an alors que je prétends être célibataire aux yeux de mes proches. Je sais pertinemment que l’annoncer à mes parents est trop prématuré et comme le dit le dicton “Pour vivre heureux, vivons cachés“, ce que j’ai fait.

J’ai caché mon homosexualité pendant 4 ans.

Je savais au fond de moi que j’étais lesbienne et qu’avec ma première petite copine ce n’était pas qu’une amourette où j’étais en quête d’identité. Je me suis séparée d’elle après avoir obtenu mon baccalauréat car elle était très jalouse et possessive et me rendait la vie dure. J’ai ensuite emménagé à 20 ans à Montpellier pour le besoin de mes études. J’ai pris mon indépendance loin du cocon familial. Soixante-dix kilomètres me séparaient de la maison, c’était assez pour me sentir libre de vivre ma vie loin des jugements.

Montpellier est une ville gay-friendly, j’étais vraiment au bon endroit pour faire des rencontres. Je suis beaucoup sortie et c’est là que j’ai rencontré Anaïs dans une célèbre boîte gay de la ville. Un énorme coup de foudre pour toutes les deux. Anaïs sortait d’une relation avec un garçon et était venue dans cette discothèque pour accompagner ses amis, finalement, elle a bien fait ! 🙂

Très vite, on s’est mise en couple. Elle a quitté son appartement, j’ai quitté le mien et nous nous sommes installées ensemble. J’ai eu mon BTS, obtenu mon premier emploi et nous avons décidé de construire notre famille en se lançant dans une PMA à Barcelone. C’est à ce moment-là que j’ai trouvé le courage de faire mon coming-out à mes parents. Je voulais leur annoncer que je venais de déménager, mais pas seule et que j’avais des projets. C’était une étape importante de ma vie que je voulais partager avec eux.

Ma mère m’a raccrochée au nez.

Ce fut très brutal. Les propos de ma mère ont été d’une violence inouïe. Je n’étais “plus sa fille“, elle avait “honte d’avoir une descendante gouine“. J’ai pleuré non-stop pendant une semaine après cet appel. J’ai ensuite trouvé le courage d’appeler mon père pensant qu’il serait plus conciliant. Il a été moins violent dans ces propos certes, mais tout aussi radical “Si tu es en couple avec une femme, pas question que tu remettes un pied à la maison et encore moins avec cette fille. “

À partir de ce jour, le fossé s’est creusé entre nous. Je me suis donc concentré sur MA vie car avec ma femme nous filons le parfait amour. Je suis tombée enceinte et 9 mois plus tard, j’ai donné naissance à mon fils, notre fils. J’ai envoyé une photo de Tiago le soir de sa naissance à mon père, mais aucune réponse. J’ai tenté de joindre ma mère une semaine plus tard pour savoir s’ils accepteraient de rencontrer le petit, mais toujours silence radio. Je n’ai donc plus insisté.

Anaïs m’a demandée en mariage le 14 février dernier, nous allons nous unir le 22 mai 2021. J’ai envoyé pendant le confinement une longue lettre à mon père pour lui demander de m’accompagner à la mairie pour ce jour si important de ma vie. Il m’a répondu y réfléchir mais m’a certifiée qu’il ne fallait pas compter sur la présence de ma mère, que c’était un non catégorique…

Je me suis construite seule.

Cette situation de rejet me pèse et me rend fend le coeur. J’ai néanmoins cette chance d’avoir à mes côtés une femme exceptionnelle qui me comble de bonheur chaque jour. Et puis, je me sens chanceuse d’avoir des beaux-parents géniaux qui nous soutiennent dans tout ce que nous entreprenons Anaïs et moi. Parce qu’être rejeté, renié par des parents homophobes, c’est comme devoir faire le deuil de parents encore vivants. C’est une situation extrêmement difficile à vivre…

En fin d’année, nous allons envoyer une cinquantaine de faire-part à notre entourage. Bien sûr il y aura celui adressé à ma mère et mon père. Je compte bien leur envoyer en leur souhaitant de passer de bonnes fêtes de fin d’année. Je leur préciserais que leur place à la table de notre repas de mariage sera réservée à leur nom. Qu’elle restera vide s’ils ne sont pas là et que je ne cacherais pas les raisons de leur absence dans le cas où ils ne viendraient pas… et que bien sûr si ils acceptent de venir, je serai la plus heureuse du monde !

 


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